Conseil général de la Corse du Sud
Semaine du 10 octobre 2008
Pasquale Paoli, « Le Père de la Patrie » (tome 2) bientôt en librairie
Semaine du 10 octobre 2008

Frédéric Bertocchini, vous êtes le scénariste de cette série, quel bilan peut-on tirer à presque un an de la sortie du tome 1 ?

 

Le bilan est très bon. Notre éditeur (DCL) a été obligé de réaliser un retirage en début d’été. Les 5.000 premiers exemplaires, qui ont été présentés lors du dernier festival d’Ajaccio, ont rapidement été épuisés. Il est vrai que c’était la première fois que l’histoire de Pasquale Paoli était adaptée en bande dessinée. Indépendamment des ventes, qui fonctionnent bien aussi bien en Corse que sur le continent, Eric Rückstühl (le dessinateur) et moi-même sommes contents de l’accueil général. Notre objectif était de rendre cette histoire accessible au plus grand nombre. Evidemment, la bande dessinée est le support idéal pour cela.

 

Comment travaillez-vous sur un album ?

 

Tout d’abord, il faut savoir qu’un album de « Paoli » représente à peu près un an de travail. Il y a tout d’abord l’écriture du scénario. Ca c’est mon domaine. Je réunis des centaines d’informations issues de mes lectures diverses. Puis je réalise un synopsis de deux ou trois pages. Ensuite, je choisis des moments clés de l’histoire, ou bien des scènes qui visuellement et surtout symboliquement sont intéressantes. A ce moment, je réalise ce que l’on appelle un séquentiel, puis un « chemin de fer ». Il s’agit de déterminer le nombre de scènes, et le nombre de pages consacrées à ces mêmes scènes. Une fois cela fait, je commence à décrire les scènes de façon linéaire et chronologique. La recherche de documentation, puis l’écriture du scénario représente environ deux mois de travail.

 

Puis ensuite, c’est le dessinateur qui récupère le scénario directement ?

 

Une fois que le scénario est définitif, je l’envoie à Eric Rückstühl. Il faut tout d’abord voir si le texte lui convient. Si il « sent » bien le dessin. Il est indispensable que le dessinateur soit à l’aise lors de la lecture d’un scénario. C’est là qu’on sait si l’alchimie se fera ou non. Nous passons donc ensuite à la réalisation même de la bande dessinée. Eric réalise des crayonnés. Il se rend directement sur le lieu de l’histoire (Cap Corse, Corte, Castagniccia, etc…), et je l’aide dans cette recherche graphique notamment en réalisant des photos. Viennent ensuite les étapes classiques pour un dessinateur de bande dessinée : story board, crayonnés, encrage, lettrage.

 

Puis la couleur…

 

Avant la couleur, nous passons à l’étape qui consiste à nettoyer les blanches. Sur photoshop, il faut corriger les petits défauts de dernière minute qu’on peut trouver. On trouve toujours des traces de doigts, des petites impuretés qu’on doit éliminer. Puis effectivement, viennent ensuite les couleurs. Cette année, nous avons fait appel à Bruno Pradelle pour les réaliser. Ce coloriste de renommé national a plus de 40 albums derrière lui. Il apporte sa touche personnelle à la bande dessinée. C’est un vrai travail d’équipe.

 

Que peut-on dire sur le tome 2 de cette série ?

 

Il s’appelle « Le Père de la Patrie ». U Babbu di a Patria, titre évident pour cet opus qui met en scène Pasquale Paoli de 1761 à 1768. Pour Paoli, c’est le temps des grands travaux. L’université, la marine corsaire basée à Lisula, l’imprimerie nationale, la monnaie nationale. C’est le temps où l’Europe des Lumières se passionne pour son œuvre, où Boswell se rend en Corse pour le rencontrer, où le Cap Corse est libéré et où l’île de Capraja tombe aux mains des paolistes.

 

Il y a toujours des « méchants » dans des bandes dessinées ? Qui sont-ils dans cet album ?

 

Il y a en plusieurs. Les Génois tout d’abord, qui malgré leurs difficultés continuent d’occuper les principales citadelles de l’île. Puis il y a toujours des opposants à Paoli. Ses adversaires politiques comme le docteur Abbatucci, qui n’est toutefois pas peint sous les traits d’un « méchant », bien au contraire. L’album se terminant par la signature du traité de Versailles en 1768, il est évident que des personnages comme Valcroissant, Choisseul ou Louis XV, qui sont peints dans ce second tome, peuvent être considérés comme des « méchants ». Certes, nous sommes dans l’univers de la bande dessinée. On peut donc considéré que tous ceux qui s’opposent aux héros sont des « mauvais ». Mais l’histoire est ainsi faite. Pour les uns, les Naziunali sont des « héros », pour d’autres, ce sont des « rebelles ». Aux yeux des généraux français qui débarquent à Saint-Florent et à Ajaccio en 1768, Paoli n’est rien d’autre qu’un brigand, à la tête d’un peuple sans-le-sou, de vulgaires paysans qui ne connaissent rien à l’art de la guerre, dite moderne. Dans cet album, on a essayé de trouver un compromis entre un Paoli, héros de BD, et un Paoli personnage historique, avec ses défauts et qualités. Comme tous les hommes.

 

Concrètement, que se passe-t-il dans ce deuxième épisode ?

 

Dans la fin du tome 1, nous avons laissé Pasquale Paoli au couvent de Boziu, sauvé in-extremis par son frère Clemente. Dans ce second tome, le jeune chef d’Etat a pour ambition d’anéantir une bonne fois pour toutes les forces d’occupation génoises en Corse. Indépendamment de ses grands projets comme l’université, l’imprimerie nationale, la monnaie, Pasquale Paoli devient un personnage fascinant en Europe, et les Naziunali remportent des victoires face aux ennemis. Dans ce second tome, on y trouvera encore une fois des trahisons, des complots, des batailles. On y verra un héros tourmenté. Pasquale Paoli est humanisé, avec ses rêves, ses espoirs, ses craintes, ses peines, ses colères. J’espère que ce second volume plaira autant que le premier…





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