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BD DE LA SEMAINE

Fin de série pour « Sans pitié »

Semaine du 17 juin 2008

Le troisième et dernier tome de « Sans pitié, polar marseillais, vient d’arriver. Saluée par la presse dès le premier volume, cette série sera adaptée au cinéma très bientôt. En attendant, ce polar contemporain qui va crescendo en suspense nous réserve un final surprenant ! Nous avons rencontré Olivier Thomas, son dessinateur…

 

Est-il difficile de dessiner un polar contemporain en bande dessinée ?

 

Oui, c'est assez difficile. En tout cas, ça l'a été pour moi, pour plusieurs raisons : je n'ai pas de formation en dessin, j'apprends sur le tas. Alors dessiner des voitures, des gens qui aient l'air crédibles, c'était un vrai défi pour moi. D'autant plus qu'auparavant, je dessinais plutôt du fantastique ou du comique. Et puis en BD c'est un genre pas très exploré (par rapport à d'autres), ce qui fait qu'on avait très peu d'exemples de BD s'approchant de ce qu'on voulait, surtout au niveau de la narration (cadrages/enchaînements/rythme).

 

Ce troisième tome est la conclusion de la série, le rythme est toujours plus soutenu, avez-vous rencontré des difficultés particulières par rapport aux autres tomes ?

 

Oui : le temps ! Ce troisième tome a un peu plus de pages que les autres, et au début de l'année, j'étais débordé par pas mal de projets, de commandes. Du coup, j'avais deux mois et demi pour dessiner la moitié du livre (34 planches), ce qui n'a pas été une mince affaire. Sinon, les choses étaient plus faciles que sur les deux tomes précédents : à force de pratiquer le dessin réaliste, on finit par apprendre à le manier, à trouver des raccourcis, à tricher. C'était même un plaisir de pouvoir chercher plus de mises en scènes adaptées à des séquences très différentes dans l'ambiance et la narration, comme par exemple des flash-backs sur l'Algérie en guerre traités à la « Blueberry », et des séquences contemporaines sur-découpées. Mais la plus grosse difficulté concernant ce tome 3 a été, bien sûr, de retomber sur nos pattes pour que l'histoire finisse le mieux possible (du point de vue de l'histoire, pas de celui des protagonistes...), et que lecteur marche jusqu'au bout.

Cette série sera bientôt adaptée au cinéma, qu'en pensez-vous ?

 

J'en suis très heureux. J'espère que les choses iront jusqu'au bout. Ce sera forcément adapté, je ne m'attends pas à voir à l'écran une retranscription de la BD (quand on fait un film, on a d'autres contraintes et d'autres possibilités), mais c'est vrai qu'imaginer cette histoire au cinéma, je me dis que ça peut faire un bon polar tendance roman noir. En tout cas, le contact avec ce milieu-là est très intéressant, et peut-être pas anodin, étant donné que les références des 2 scénaristes comptent encore plus de films et de livres, que de BD.

 

Votre trait est fin et réaliste, combien de temps faut-il pour dessiner un album ?

 

Pour un album de cette série très dense, à peu près un an en tout : 6 mois pour les recherches, le découpage, la phase de construction où il faut ingurgiter beaucoup de matière, et 6 mois pour tout dessiner. Mais c'est variable : je ne suis pas toujours à plein temps sur la BD, d'autres activités me font vivre et me permettent de dessiner mes livres comme je l'entends (peinture, illustration, coloriste BD aussi...). De plus, dans la période de recherches où se construit la BD, on a souvent besoin de laisser reposer les choses : c'est une manière de s'approprier une époque, un contexte historique, contemporain, pour que, quand on le dessine, chaque élément fasse "vrai", et soit vraiment à sa place.

 

Quels sont vos méthodes de travail ?

 

Dans l'équipe « Sans Pitié », les rôles sont répartis : Bruno et Pascal écrivent le scénario à deux, d'abord chacun de son côté, puis ensemble. Moi je fais tous les dessins. Enfin, Bruno réalise la mise en couleur, avec Rémy Langlois, coloriste BD aussi, et rôle secondaire dans l'histoire. Mais c'est un travail d'équipe : si chacun a son rôle, tous travaillent en causant beaucoup à toutes les étapes du projet. Par exemple, quand Bruno et Pascal me donnent une première version de scénario, le fait de le lire ensemble et d'y réfléchir, de commencer quelques dessins, donne en général d'autres idées tout de suite pour améliorer notre affaire. Ou alors, sur S.P. tome 3, j'étais en train de crayonner les trois dernières planches quand ils ont trouvé la solution à un problème sur la fin de l'histoire (on en était pas complètement satisfaits) : j'ai refait les dessins car ça devenait beaucoup mieux ! Bref, chacun a un droit de regard sur le travail des autres, on essaie juste de ne rien laisser passer, pour trouver la meilleure idée à chaque fois. Sinon pour la technique au dessin, je travaille un peu comme tout le monde : d'abord des crobards en petit, puis en plus grand, avec plein d'essais de cadrages, et quand le choix des dessins est fait, je les reproduis au propre, à l'encre de chine (plume et pinceaux). Ensuite, on scanne les planches, et la mise en couleur est faite sous informatique.

 

Quels sont vos "modèles" parmi les grands dessinateurs de BD ?

 

Il y en a trop! On ne peut négliger aucun des maîtres du genre, de toutes nationalités. Mes plus "vieux" modèles sont des gens comme Jean Giraud, André Franquin, Baru, Jacques Tardi, Katsuhiro Otomo, Frank Miller, Alan Moore au scénario. L'an dernier, j'ai découvert Dino Battaglia, et mon dernier coup de coeur/baffe dans la gueule revient à Jose Munoz, que je considère comme un dieu du dessin. Et puis des gens plus jeunes font un travail que j'adore au plus haut point : Manu Larcenet, David B. par exemple, ou dans un autre genre le fameux Joe G. Pinelli.

 

Vous avez dessiné Marseille. Pourquoi pas dessiner la Corse ?

 

Pourquoi pas, en effet ? A travailler avec deux corses, ça devait arriver ! Blague à part, la Corse est présente dans l'histoire que l'on construit en ce moment avec Pascal et Bruno, et comme ils se servent de contextes qu'ils connaissent sous toutes leurs coutures, ça se passera entre Porto-Vecchio, Marseille, et Barbès. Encore une histoire dans la veine du roman noir, époque contemporaine.

 

Francescu Maria Antona