Accueil L'info Bd de la semaine Les aventures de Sarkozix en bande dessinée
BD DE LA SEMAINE
Semaine du 21 mars 2010
Nouvelle série aux éditions Delcourt, « Les Aventures de Sarkozix » viennent de paraître en librairie. Le tome 1, qui s’intitule « Tout pour ma Gaule », ne manquera pas de susciter un intérêt certain en Corse, où le président de la République avait recueilli un joli score lors des dernières présidentielles. Rencontre avec Wilfrid Lupano, le scénariste de cette série.
Wilfrid Lupano, après des séries d’aventure comme « Alim le Tanneur » et « L’honneur des Tzarom », pourquoi vous attaquez-vous à la BD politique ?
Je m’intéresse beaucoup à la politique, mais si Guy (Delcourt) ne m’avait pas proposé ce projet, je ne me serais peut-être jamais lancé. Il avait cette idée en tête, cette envie de positionner Sarkozy en petit tyran gaulois (ou plutôt gallo-romain), et l’idée m’a paru excellente. Il me semblait que cette période offrait le cadre parfait pour développer une comédie politique, si on appréhendait l’Empire romain comme étant le système libéral dominant, américanisé, et la Gaule comme un pays au passé glorieux, mais incapable de proposer une véritable alternative moderne : comment rester soi-même et faire croire aux gens qu’on pèse encore sur les décisions essentielles, quand tout se joue ailleurs ? Ce contexte étant parfait pour proposer une relecture ludique et percutante de la vie politique de ce début de millénaire.
Pensez-vous que toutes BD sur Sarkozy soient un effet de mode ou une prise de conscience politique ?
Ni l’un, ni l’autre. C’est plus un phénomène d’arroseur arrosé. Sarkozy, l’ultra-communiquant, paye son omniprésence médiatique en étant la cible privilégiée des caricaturistes. L’absence d’une telle opposition politique génère aussi probablement un déplacement de la contestation dans le champ artistique : puisque les politiques ne disent rien ou presque, les chansonniers et les auteurs prennent davantage le relais. Avec « Les Aventures de Sarkozix », on a cependant essayé de parler vraiment de politique, de ce qui fait véritablement le sarkozysme, à nos yeux. On aborde assez peu le coté people, même si on ne peut pas l’évacuer.
Faire de Nicolas Sarkozy un héros de bande dessinée vous a-t-il paru être un travail délicat ?
Oui. Pas sur le plan de la personnalité (pour moi, c’est un mélange d’Iznogoud, de Joe Dalton et de De Funès qui se prête très bien au jeu de la caricature bandessinesque), mais surtout parce qu’il y a toujours le risque du syndrome « Jacques Chirac aux Guignols de l’info » : on peut créer un personnage fictif qui rende le vrai attachant. Or, je dois bien le dire, je ne suis pas très attaché à Nicolas Sarkozy. Je veux dire par là que s’il décidait de se retirer de la politique pour se consacrer entièrement au corps de sa femme, ou à la botanique, je le soutiendrais dans ce projet.
Francescu Maria Antona